Le jour où... La cinquième place de Jo Gartner ne lui rapporta rien

Né le 24 janvier 1954 et disparu tragiquement le 1er juin 1986, Jo Gartner était un pilote autrichien, un des premiers à être membre des filières de détection mises en place par Helmut Marko. En 1984, il disputa huit courses, et malgré une cinquième place, il n’inscrivit aucun point…

Le 9 septembre 1984 eut lieu, à Monza, le Grand Prix d’Italie, treizième des quinze manches d’une saison qui vit s’affronter jusqu’au bout les deux McLaren de Niki Lauda et Alain Prost. Pourtant, c’est Nelson Piquet qui signa la pole-position, devant Prost, la Lotus de Elio de Angelis et le leader du championnat, Lauda. Plus loin, bien plus loin même, en douzième ligne, l’Autrichien Jo Gartner, qui disputait son sixième grand prix, sur une modeste Osella.

Commença alors une course très animée, où les abandons furent légion : trois pilotes ne dépassèrent pas le cap des cinq tours, et cinq autres pilotes abandonnèrent avant le dixième tour. Profitant de tous ces incidents, Jo Gartner remonta petit à petit dans la hiérarchie, ajoutant même quelques dépassements, notamment un sur Gerhard Berger, qui effectuait alors son deuxième grand prix.
Au vingtième tour, il ne restait plus que quatorze voitures, et Gartner était douzième, juste derrière son équipier, Piercarlo Ginzhani, et devant Berger et la très faible Spirit de Rothengatter. Le rythme des abandons diminua quelque peu, les positions se figèrent, et Gartner se serait volontiers contenté de rallier l’arrivée. C’était sans compter sur l’invraisemblable quarante-quatrième tour, au tour duquel  trois pilotes abandonnèrent ! Ajoutez à cela les ennuis de Boutsen et l’abandon de Warwick, et vous obtenez Gartner aux portes des points et Ginzhani cinquième !
Mieux encore, au quarante-sixième tour, Eddie Cheever, victime de la gourmandise de son moteur Alfa Romeo, tomba en panne d’essence et voilà Gartner dans les points ! Seulement, Osella disposait aussi de moteurs Alfa Romeo, et ce fut au tour de Ginzhani de renoncer à cause d’un manque de carburant, à moins de deux tours de l’arrivée. Gartner, désormais cinquième, se montra très économe, et parvint finalement à terminer la course, avec deux tours de retard sur le vainqueur, mais dans les points !

jo-gartner.jpgSeulement, Osella, en début de saison, n’avait inscrit qu’une voiture au championnat. Si l’écurie, comme d’autres, fut autorisée à en aligner une deuxième, seuls les résultats de l'unique voiture inscrite seraient pris en compte. Voilà pourquoi le palmarès de Gartner est aujourd’hui vierge de point. La même mésaventure arriva à Gerhard Berger, sixième ce jour-là, mais lui aussi au volant d’une voiture non-inscrite. Dommage, car avec la victoire de Lauda, c’est la seule fois dans l’histoire qu’un grand prix vit trois pilotes autrichiens finir parmi les six premiers ; un seul finalement fut primé.

Malgré ce superbe exploit*, Gartner ne trouva pas de volant pour la saison suivante, et il se concentra alors pleinement sur l’endurance, jusqu’à son décès lors des 24h du Mans 1986, épreuve qu’il termina deuxième en 1984.

*en effet, finir cinquième est un exploit : sur les huit cent vingt-sept pilotes qui l’ont tenté, seuls sept cent quarante-trois ont réussi à prendre le départ d’au moins une course. Ils ne sont plus que trois cent vingt à avoir inscrit au moins un point (sauf Lella Lombardi, qui en a inscrit 0,5, revivez sa course ici). La cinquième place rapportant alors deux points, Jo Gartner en compterait deux à son palmarès, ce qui le placerait en deux-cent soixante-treizième position au classement des points amassés. Enfin, il faut savoir que beaucoup de pilotes ont profité de barèmes plus larges pour obtenir leurs points (Bourdais, da Matta ou Friesacher, pour ne citer qu’eux) et, bien que comptant davantage de points que l'Autrichien, ils n'ont jamais terminé cinquième d'un grand-prix ; Gartner, avec une cinquième place pour meilleur résultat, a donc véritablement accompli un exploit !

Le classement final de la course

        Grille Tours Retard Points
1 N. Lauda McLaren 4 51 1:20:29.065 9
2 M. Alboreto Ferrari 11 51 +24.249 6
3 R. Patrese Alfa Romeo 9 50 +1 tour 4
4 S. Johansson Toleman 17 49 +2 tours 3
5 J. Gartner Osella 24 49 +2 tours 0
6 G. Berger ATS 20 49 +2 tours 0
7* P. Ginzhani Osella 22 48 +3 tours  
8 H. Rothengatter Spirit 25 48 +3 tours  
9* E. Cheever Alfa Romeo 10 45 +6 tours  
10 T. Boutsen Arrows 19 45 +6 tours  
Abd. P. Tambay Renault 8 43    
Abd. T. Fabi Brabham 5 43    
Abd. M. Surer Arrows 15 43    
Abd. D. Warwick Renault 12 31    
Abd. J. Palmer RAM 26 20    
Abd. N. Piquet Brabham 1 15    
Abd. E. de Angelis Lotus 3 14    
Abd. N. Mansell Lotus 7 13    
Abd. J. Laffite Williams 13 10    
Abd. K. Rosberg Williams 6 8    
Abd. A. de Cesaris Ligier 16 7    
Abd. S. Hesnault Ligier 18 7    
Abd. P. Alliot RAM 23 6    
Abd. R. Arnoux Ferrari 14 5    
Abd. A. Prost McLaren 2 3    
NP M. Winkelhock ATS 21 0    
NQ P. Martini Toleman        

MTC : Niki Lauda (McLaren) : 1:31.912 (Tour 42)

*Pilote classé bien que n'ayant pas franchi la ligne d'arrivée

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